Béatrice Blanchard avril 26, 2012

Message de la Sous-directrice générale de la culture de l’UNESCO Mme Françoise Rivière

L’UNESCO se félicite de l’initiative d’un Forum mondial sur la diversité culturelle et de sa première édition, les «24h pour la diversité culturelle» que lance ainsi l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC) pour le 20ème anniversaire de la revue Hermès. Les thèmes proposés aux débats s’inscrivent en droite ligne des défis majeurs de la mise en œuvre de la diversité culturelle dans une société mondialisée. En effet, la réflexion que vous suscitez portera notamment sur les aspects identitaires liés à cette question, mais également sur les interactions et les influences des migrations, aussi bien volontaires que forcées, sans négliger la place fondamentale du patrimoine dans la préservation de la mémoire du monde et, enfin, le rôle des médias et notamment la contribution des intellectuels. Ce sont autant de préoccupations auxquelles l’UNESCO accorde une attention particulière dans ses différents programmes.

La notion de diversité culturelle s’appuie aujourd’hui à l’UNESCO sur une définition élargie de la culture qui, outre les arts et les lettres, englobe les modes de vie, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances, ainsi que les façons de vivre ensemble. Cette approche de la diversité culturelle permet d’aborder un double défi : d’une part assurer une coexistence harmonieuse et un vouloir vivre ensemble pacifique entre individus et groupes venant d’horizons culturels variés vivant au sein d’un même espace ; d’autre part défendre une diversité créatrice, à savoir la multiplicité des formes par lesquelles les cultures s’incarnent dans leur patrimoine ou se régénèrent dans la création contemporaine. Ainsi définie, la diversité culturelle ne révèle pas seulement une pluralité d’identités dynamiques, mais elle est aussi la force, voire le principe qui fait indéfiniment fructifier la création : chaque forme de création constitue un lieu de rencontre, ouvre de nouveaux horizons, transforme les perspectives, élargit l’espace de liberté et de choix de tous en tissant des liens solides entre individus, entre générations et entre régions.

Le respect de la diversité culturelle est une cause centrale et permanente pour l’Organisation des Nations Unies (ONU) et plus spécialement pour l’UNESCO, institution spécialisée du Système, expressément chargée de la culture. Cette responsabilité est ancrée dans la volonté de l’Organisation de «construire la paix dans l’esprit des hommes» inscrite au cœur de son mandat. Elle a ainsi conduit l’UNESCO à élaborer plusieurs instruments normatifs, contraignants et non contraignants dans le domaine culturel, dont sept conventions internationales. Dans ce dispositif, trois instruments représentent les piliers de la préservation et de la promotion de la diversité créatrice: la Convention de 1972 sur le patrimoine mondial culturel et naturel ; celle de 2003 sur le
patrimoine culturel immatériel, et celle de 2005 sur la diversité des expressions culturelles. Ce cadre normatif révèle toute son importance, à l’aube du troisième millénaire, époque marquée par l’accélération du processus de mondialisation qui entraîne un bouleversement non seulement dans l’ordre économique et technologique, mais aussi dans les mentalités et dans la façon de concevoir le monde. Cette nouvelle donne requiert une redéfinition du type d’actions et des stratégies à mettre en œuvre afin de préserver et de promouvoir la diversité culturelle et son
corollaire le dialogue interculturel, solidairement garants de la paix et de la cohésion sociale au sein de sociétés dont le caractère pluriel s’accroît par le processus accéléré de la mondialisation.

Faceà la théorie erronée du «choc des civilisations», tendant à instaurer un nouveau paradigme pour expliquer les tensions géopolitiques dans le monde contemporain, l’Organisation des Nations Unies, tout comme l’UNESCO, cherchent une autre voie en posant le constat qu’aucune civilisation n’est unitaire, de même qu’aucune culture n’est monolithique, l’une et l’autre sont faites
d’échanges et d’emprunts, l’une et l’autre comportent en leur sein de possibles fractures ou dissidences qui, à leur tour, seront créatrices d’autres ensembles ; la vision monolithique d’une culture, ou l’enfermement de celle-ci dans ses différences, vient souvent d’un regard extérieur. Il faut prendre des précautions pour ne pas réduire chaque civilisation et chaque culture à une de leurs composantes majeures, comme la langue ou la religion, et rappeler que c’est un ensemble indissociable, constamment décliné de façon variable, selon la mémoire et les aspirations de chaque individu et de chaque groupe.

Il ne peut y avoir, d’ailleurs, de dialogue qu’inter personæ, de l’un à l’autre, et jamais entre ensembles informes ou aux contours flous. Cela complique un peu les choses, car il est plus facile d’organiser des rencontres entre instances collectives que de nourrir et faciliter le débat entre les quelque sept milliards d’êtres humains qui sont de nos jours solidairement responsables de l’avenir de la planète, et dépositaires de la dignité humaine.

La paix passe cependant par là, et si dialogue il doit y avoir entre religions, cultures, sociétés, civilisations comme on a même eu l’imprudence de le dire en conférant par ce pluriel une
différence ontologique regrettable à des configurations sommaires, provisoires, partielles, ce dialogue doit avoir pour unique objet de savoir comment chacune de ces instances peut concourir à améliorer l’exercice par chaque homme, chaque femme, chaque enfant, des « responsabilités de l’homme libre » comme le dit notre acte constitutif.

Dans un contexte international changeant, l’UNESCO a toujours tenté d’apporter des réponses concrètes aux défis particuliers posés par chaque époque à la notion de culture, qui ne cesse d’évoluer dans sa riche diversité. Sa mission est précisément de rester le lieu de la réinvention permanente de cadres de pensée et d’action autour de la culture, pour que celle-ci continue à occuper la place unique qui lui revient sur la scène politique internationale.

Nous espérons que ce forum fera avancer cette réflexion et resterons très attentifs au déroulement de vos travaux pour lesquels nous vous souhaitons pleine réussite.

Françoise Rivière

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